« Tout ce qui vit » chronique du vivant · Radio JM – Podcast
Kol ma she-ḥaï
כל מה שחי
« Tout ce qui vit » — chronique du vivant · Radio Juive Marseille – Dr Nicolas Vidal-Naquet.
Pour écouter et voir l’interview du 31 août de notre ami Nicolas, cliquez ici
Pour écouter et voir la chronique du 7 septembre, cliquez ici
Pour écouter et voir la chronique du 14 septembre, cliquez ici
Chalom à toutes et à tous,
Kol ma she-ḥaï,
Je suis Nicolas Vidal-Naquet, docteur vétérinaire. Depuis des années, mon travail me conduit auprès d’un animal minuscule et immense à la fois : l’abeille. J’exerce en pathologie apicole — la santé des colonies, leurs maladies, ce qui les fragilise et ce qui les sauve. C’est un métier qui apprend l’humilité. On y découvre vite qu’une colonie ne se soigne pas comme on répare une machine : elle dépend du sol, des fleurs, du climat, des cultures voisines, des choix que font les hommes à des kilomètres de la ruche. Soigner une abeille, c’est déjà s’occuper de tout le reste.
C’est de là qu’est née cette chronique.
Son nom, Kol ma she-ḥaï — כָּל מַה שֶּׁחַי — signifie simplement « tout ce qui vit ». Trois mots hébreux, sans emphase. J’ai choisi ce titre parce qu’il ne trie pas. Il ne sépare pas l’animal du végétal, ni le végétal de la terre qui le porte, ni la terre de l’homme qui la travaille. Il les tient ensemble. Et c’est exactement ce que fait la tradition juive quand elle parle du vivant.
Car on l’ignore souvent : la Torah et le Talmud sont traversés de textes sur la terre, les arbres, les semailles, les récoltes, le repos des champs. La chemitta, l’année sabbatique, ordonne de laisser la terre respirer un an sur sept — non par technique agronomique, mais parce que la terre elle-même a droit à un chabbat. Bal tachhit interdit de détruire un arbre fruitier, même en temps de guerre, même chez l’ennemi. Il y a là une intuition ancienne : le vivant n’est pas un stock.
Et les animaux ? Ils sont partout dans ces textes. Le bœuf qu’on n’attelle pas avec l’âne, parce que leurs forces sont inégales. L’animal de travail qui se repose le chabbat, au même titre que l’homme. L’interdiction de museler la bête pendant qu’elle foule le grain — qu’elle mange, puisqu’elle travaille. Et cette règle que les Sages ont nommée tsaar baalei ḥayim, la souffrance des êtres vivants : on ne la cause pas inutilement. Ce que nous appelons aujourd’hui bien-être animal a ici des racines très profondes.
Alors une phrase revient sans cesse, dès les premières pages. L’homme est placé dans le jardin, dit la Genèse, le-ovda ou-le-shomra — pour le travailler et pour le garder. Deux verbes. Pas un seul. Travailler, oui, cultiver, transformer, vivre de la terre. Mais garder aussi. Veiller. Rendre ce qu’on a reçu en état de servir encore.
Dans cette chronique, je vous emmènerai dans les terres, les vergers, les cultures et les champs. Dans le monde des animaux aussi — du respect de leur vie, de leur bien-être, et de la responsabilité de l’homme à l’égard de tout ce qui vit. Et cela à travers l’immense source que sont les textes : la Torah, le Talmud, les midrashim, et tant d’autres encore.
Une lecture croisée, donc : d’un côté les textes, de l’autre ce que la science du vivant nous apprend aujourd’hui — sur les abeilles, sur les sols, sur les équilibres que nous sommes en train de perdre. Non pas pour faire dire aux textes anciens ce qu’ils n’ont jamais dit, mais parce qu’ils posaient déjà, à leur manière, les questions que nous nous posons.
La semaine prochaine nous parlerons du miel et de Roch Hachana. Puis nous irons de semaine en semaine, au rythme du temps du judaïsme explorer les textes et ce qu’ils nous disent de tout ce qui vit. Nous irons aussi découvrir l’invention israélienne qui permet des plantations dans le désert et de beaucoup d’autres choses encore : les arbres, les animaux terrestres, les oiseaux et la terre qu’on épuise.
De tout ce qui vit.
À très bientôt..